France Sushi : Vous avez eu une vie assez extraordinaire. D’abord hôtesse de l’air, puis créatrice de mode… Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Chie Imai : J’ai une biographie si le détail vous intéresse ! J’ai lancé mon business il y a 47 ans. J’étais très jeune à l’époque. Au départ, j’aimais beaucoup l’art et suis venue en France visiter des musées. Arrivée à Paris, j’ai acheté beaucoup de vêtements et d’accessoires pour mes amies, car des marques très connues aujourd’hui étaient alors introuvables au Japon. Elles m’en ont réclamé par la suite en me donnant de l’argent quand je suis repartie en France visiter des musées pendant trois mois, insistant malgré mes refus. C’est ainsi que tout a commencé, mais je n’avais pas spécialement l’intention d’en faire mon métier. J’ai été réprimandée, à force, par des magasins d’import de produits étrangers, car j’en rapportais à des prix très bas et cela leur posait problème, à eux qui avaient du mal à vendre leurs produits. Je me sentais coupable vis-à-vis de ces commerçants et c’est alors que j’ai officiellement lancé mon business d’importation.

Puis ensuite vous avez créé votre marque de fourrure…
Oui ! En Europe, il fait extrêmement froid l’hiver et on trouvait souvent à l’époque des fourrures noires ou marrons très appréciées au Japon mais si lourdes qu’on hésitait presque à les ramener. Je me suis donc mise à chercher dans le monde des fourrures qui seraient légères et colorées, mais je n’en ai pas trouvé. Je me suis alors dit que j’allais les faire moi-même. Je travaille ainsi dans la mode mais la fourrure reste ma principale activité.

En quoi la création de fourrures vous a-t-elle amenée à produire votre shochu ?MOSAIQUE de CHIE est ma marque de vêtements, très connue chez les amateurs de fourrures. Très souvent, après avoir fait des vêtements, les fashion designer s’attaquent à la conception d’un parfum, comme c’est le cas de Dior, Chanel, etc. Mais les parfums des designers japonais ne se vendent pas, alors je n’ai jamais eu l’intention d’en faire un. Mais la fabrication d’un parfum et celle d’un shochu sont très similaires de par leur processus de distillation. Je suis de plus originaire de Kagoshima, une région connue pour son imo-shochu. D’où l’idée d’élaborer un shochu à la place d’un parfum. J’ai commencé à le concevoir il y a 12 ans ; je voulais créer un shochu au parfum riche que les femmes pourraient boire avec fierté et cela m’a pris 11 ans. C’est un parfum qui se boit, finalement !

Comment votre shochu a-t-il été accueilli au Japon ?
Au Japon, ce shochu n’est servi que dans les restaurants trois étoiles ou les grands hôtels. Il n’est pas disponible dans le commerce, seulement au sein de mon réseau. Même si je l’ai un peu délaissé parfois au cours de ces 12 années, les gens qui en ont bu une fois l’ont tellement apprécié qu’ils en redemandent. Mais avec la Covid, la mode a beaucoup moins marché (on parle de 90% de baisse) et dans ce contexte, ce shochu a dû faire son chemin un peu tout seul. Je me suis dit que je devrais m’en occuper davantage et, il y a environ 8 mois, j’ai commencé à en faire la promotion et il se vend de mieux en mieux.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vouloir exporter votre shochu ?
J’ai voulu lancer mon shochu à l’international car je l’ai présenté à San Francisco et dans une ville en Angleterre où a lieu un concours très reconnu, et il a reçu la médaille d’or deux ans de suite. Cette année, il a même reçu une double médaille d’or, c’est-à-dire que tous les membres du jury, disons par exemple qu’ils soient 20, lui ont tous donné 20 sur 20. Si un seul des jurés avait donné un 19, le shochu n’aurait pas reçu la double médaille d’or. Je le présente à ce concours depuis deux ans environ.
On peut trouver mon shochu à Haneda, Narita ou l’aéroport international de Fukuoka, mais il n’est pas trouvable chez les cavistes. Donc même si un client le découvre en le buvant dans un restaurant, il ne peut pas l’acheter. Sur le salon aujourd’hui, la bouteille est disponible pour 98€.

Ce shochu raconte aussi votre histoire familiale.
En effet. C’est ma nièce, diplômée d’Harvard et architecte de formation, qui a réalisé le design de la bouteille. Il représente le M de MORRIS, en référence à un professeur en agronomie que mon grand-père, parti aux Etats-Unis pendant l’ère Meiji où il rencontra un grand succès dans la culture du riz, respectait énormément. Le nom de mon père se dit Morié en japonais et il était surnommé Mori Mori. C’est pour cela que j’ai nommé le shochu MORRIS, ce qui rappelle également le nom de mon père.

Comment avez-vous créé votre recette ?
Établir la recette a pris 1 an et demi. J’ai fait venir une centaine de personnes de Tokyo pour qu’ils fassent des tests poussés pour un total de 35 millions de yens investis. Les arômes, le parfum… Tout est naturel et provient du kôji, de l’eau et des patates douces sélectionnés. Il est très apprécié en apéritif, en cocktail avec de l’eau gazeuse par exemple. Nous avons produit environ 30 000 bouteilles ces trois derniers mois. La plupart sont vendues au Japon, seuls 2 ou 3% sont vendus à l’étranger.

Avec quelle distillerie travaillez-vous ?
Avec Hamada. (Chie Imai nous montre des photos) Voici des tonneaux de shochu. L’endroit est une ancienne mine d’or, ce qui en fait un lieu assez frais. Et ici, un verre à cocktail baccarat, pour boire avec style !

Avez-vous prévu de développer votre gamme de shochu ?
Je veux d’abord faire de celui-ci un succès avant de me lancer dans une nouvelle création, chose qui m’a par ailleurs déjà été demandée. C’est ma manière de faire.

Avez-vous un conseil de dégustation ? Votre shochu peut être dégusté de beaucoup de manières différentes : chaud, froid, tiède… Quelle est votre préférée ?
Les hommes l’aiment avec des glaçons. Les femmes le coupent avec une sorte d’eau gazeuse (7 unités pour 3 de shochu) et le boivent à l’apéritif, souvent avec un peu de sirop pour apporter du sucre car l’eau gazeuse n’est pas sucrée. Le tout couronné d’une tranche de citron vert !

Plus d’informations
https://chieimai.com/morris

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