M. Tomotsugu Iwata, directeur de JFOODO

France Sushi : La troisième édition des Semaines du saké approche. Quelles sont les nouveautés de cette année ?
Tomotsugu Iwata : Je suis très content de pouvoir organiser des dégustations de saké japonais afin de le promouvoir. Cette année, nous nous concentrons sur trois points. Tout d’abord, nous souhaitons changer l’image du saké dans l’esprit des consommateurs en leur proposant de découvrir le somptueux mariage entre le saké et les fruits de mer. Deuxièmement, nous voulons que le nombre de restaurants où l’on peut déguster du saké augmente. Enfin, nous proposons plus d’expériences liées au saké. Nous avons à cœur de le diffuser en France !

Nous nous sommes vus pour la dernière fois il y a un an. Depuis, nous avons eu une très belle édition de Kura Master, la 9e édition du Salon du saké, quelques expériences saké en province, comme à Dijon et Toulouse. Que pensez-vous de cette évolution du marché du saké en France ?
J’ai l’impression que la diffusion du saké avance peu à peu en France, mais nous devons continuer à y travailler. Par exemple, à l’occasion des séminaires à Dijon, j’ai réalisé qu’encore beaucoup de monde ne connaissait pas le saké. J’ai alors essayé d’en parler, de donner des informations, de permettre au public d’en apprécier la qualité. Je pense que le saké est encore méconnu en province, alors cette année, nous voulons travailler en partenariat avec plus de restaurants gastronomiques hors de Paris. C’était déjà le cas avec cinq restaurants, mais je vais continuer à chercher des enseignes avec qui diffuser le saké au-delà de la capitale.

D’autres alcools japonais commencent à se diffuser en France cette année, je pense à l’umeshu et au shôchû, comme nous avons pu le voir avec Japan Liquid. Que pensez-vous de cette nouvelle mode, cette nouvelle découverte des Français ?
C’est intéressant pour nous, car nous voulons vraiment faire connaître les différents alcools japonais. Je sais que beaucoup de monde aime l’umeshu en France. Le saké étant déjà très connu, je pense que les consommateurs vont petit à petit se mettre à goûter d’autres choses comme l’umeshu, puis le shôchû, l’awamori… C’est super, car le niveau de consommation d’alcool diminue en France, mais peut-être pouvons-nous participer à y remédier en proposant une variété d’alcools !

Midorinoshima

Midorinoshima est une société spécialisée dans l’importation, la promotion et la distribution de sakés et spiritueux japonais haut de gamme. Fondée en 2005 par Arisa Suda et Jean-Jacques Bacci à Porto-Vecchio en Corse, leurs produits sont aujourd’hui vendus à travers le monde.

Leur sélection de sakés

Shichiken Sparkling Yamanokasumi – Yamanashi Meijo
Voici tout d’abord un pétillant avec deux fermentations successives, une en cuve et une en bouteille. Ce produit a une bulle fine ainsi qu’un léger voile dû à la lie de saké qui a été gardée pour la deuxième fermentation.

Koï Koï Junmaï Ginjo – Asahara Shuzo
Koï Koï est un saké fleuri, aromatique, avec une belle élégance et aux notes florales, qui se marie bien avec des poissons peu travaillés (huile d’olive, citron…) afin de garder le produit assez brut.

Shuho +10 Junmai Daiginjo Chokarakuchi – Shuho Shuzojo
Celui-ci possède un style très flamboyant, très aromatique et a beaucoup de présence. Il peut parfois être un peu enivrant. Le brasseur a donc choisi de le proposer en karakuchi, c’est-à-dire très sec en fin de bouche.

Sogen Junmai Sword Of Samurai – Sogen Shuzo
Ce saké vient de la maison Sogen, fondée en 1768 dans la région d’Ishikawa du côté de la mer du Japon. Ce junmai a des notes de céréales, de fruits confits, un peu de figue et de melon. Nous le proposons avec des produits plutôt iodés comme du caviar, des huîtres – en somme, des produits avec du caractère pour contrebalancer.

Akashi Tai Honjozo Genshu – Akashi Tai
Le dernier est complètement différent des précédents. Son style est un peu plus… primitif. En bon honjôzô, il aura des notes beaucoup plus corsées, plus boisées et terreuses, un côté champignon. C’est un saké de table que nous proposons de consommer comme en izakaya, avec des sortes de tapas à la japonaise comme des petites crevettes à l’huile d’olive et à l’ail ou à la moutarde, ou encore avec du saumon fumé.

France Sushi : Vous préparez la troisième édition des Semaines du saké, qui semble aujourd’hui beaucoup plus connu en France. Quel est votre ressenti sur l’évolution du marché français du saké ?
Cyril Lebail  : Cette progression commence à se faire ressentir. Les clients comprennent un peu plus le saké, s’en font une idée plus claire. Il faut maintenant qu’ils différencient les vins de riz un peu puissants qu’on propose en fin de repas et le vrai saké, le nihonshu. Il y a encore beaucoup de choses à faire. Travailler avec les chefs français par exemple nous permet d’éduquer les palais des chefs et des clients, avec des gammes de sakés tellement larges qu’ils peuvent se marier avec du cru comme du cuit, de la viande comme du poisson. Je pense qu’un événement comme celui-ci contribue réellement à cette évolution ! Tous les sakés présentés ici sont de beaux produits, avec une histoire riche et qui impliquent beaucoup de main d’œuvre, demandent du temps et des connaissances. Cela, je pense, fait écho à la cuisine française et à la cuisine gastronomique.

Maison du saké et Maison du whisky

Seiko Chiba travaille à la Maison du saké en tant qu’assistante du fondateur Ly Youlin, et à la Maison du whisky pour coordonner toutes les opérations liées au sakés.

Leur sélection de sakés

OHMINE 3 GRAIN – Ohmine Shuzou
Nous commençons par un saké fabriqué à partir de riz Yamadanishiki. Moderne, il est fruité et floral, assez léger, agréable, léger en sucrosité.

Misonotaké – Takeshige Honke Shuzo
La maison Takeshige est une nouvelle maison du département de Nagano, située à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Karuizawa. Ce saké a un goût d’umami et de riz avec des notes de céréales. C’est un namazake qui a maturé six mois, ce qui est très rare car on dit en général que les nama sont très fragiles.

HOKKO MASAMUNE – Kadoguchi Shuzo
Le troisième saké que je propose est de type traditionnel et vient aussi de Nagano. Le nez est très léger, contrairement aux sakés de type moderne dont le parfum est beaucoup plus prononcé, mais on en ressent vraiment la pureté, la clarté de l’eau et le goût assez complexe. Il a une belle acidité et une légère amertume.

ASAMA NATURE – Kurosawa Shuzo
La quatrième maison que je présente est aussi à Nagano, avec un saké nature, donc sans levure ajoutée et avec du riz bio, fait à la méthode kimoto.

MASUIZUMI KIJOCHU – Masuda Shuzo
Enfin, voici un kijoshu, c’est-à-dire que l’on remplace une partie de l’ajout final d’eau dans le moromi lors de la troisième étape de fabrication par du saké, ce qui le rend un peu plus fort mais aussi plus sucré.

Comment ressentez-vous l’évolution du marché français du saké en travaillant au sein de la Maison du saké et de la Maison du whisky ?
Nous remarquons que de plus en plus de monde vient aux salons et fait preuve de curiosité envers le saké. Les gens commencent à savoir quels goûts leur plaisent, et l’idée selon laquelle le saké est un alcool distillé consommé à la fin du repas est moins persistante qu’auparavant. On commence à comprendre que c’est un alcool moins fort, qui accompagne plutôt le repas, qui peut se boire en apéritif ou en cocktail… Il existe une vraie demande et une curiosité que je ressens bien. Les ventes se sont un peu stabilisées à 15 ou 20% après la forte croissance du marché qui a presque doublé après le COVID.

Que pensez-vous de l’accord saké-fruits de mer ? Croyez-vous que travailler avec des chefs de gastronomie, dans le haut de gamme, soit un bon moyen de toucher plus de gens en France ?
Tout d’abord, le saké accompagne parfaitement bien les fruits de mer comme les huîtres et parvient à sublimer le plat, là où le vin blanc peut avoir du mal. Le saké a un fort potentiel pour s’intégrer à la cuisine française aux côtés du vin. Ensuite, je pense que proposer des plats élaborés par des chefs de gastronomie est une bonne idée, car ils ont de l’influence, une certaine identité, du succès et une audience. Nous aurons plus de chances de développer le saké en France si nous parvenons à les toucher.

On voit aussi arriver d’autres alcools japonais en France, notamment le shôchû et l’umeshu. Avez-vous aussi senti cette tendance ?
L’umeshu a en effet un très beau succès en ce moment en France dans les bars, les restaurants… Partout. C’est incroyable ! Le côté sucré de la prune plaît beaucoup. Surtout que la liqueur de prune n’existe presque pas en France, et ce qui existe n’a pas du tout le même goût. Les prunes françaises et japonaises n’ont rien à voir et l’umeshu est très facile à boire car très sucré. Les prix sont aussi abordables et, selon les gammes, on peut en trouver à partir de 20 ou 30 euros. Et puis une liqueur, ça se garde très longtemps, et on peut la boire de plein de manières différentes : seule, en cocktail, avec de l’eau pétillante… C’est un alcool très facile à apprivoiser. Le shôchû commence aussi à se faire connaître mais c’est encore un peu particulier, il faut d’abord connaître le saké.

Umami

Marion Sicre est responsable commerciale chez Umami, distributeur de produits d’épicerie et d’arts de la table japonais à destination des restaurateurs. Umami met l’accent sur la proximité avec de petits producteurs et artisans plutôt que les grandes maisons et industriels.

Leur sélection de sakés

SUMIYAMA JUNMAI GINJO – Koimari Shuzo
Le Sumiyama est un junmai ginjô du département de Saga qui possède un GI. Les sakés de Saga n’utilisent ainsi que du riz local. Celui-ci est assez classique, avec une légère attaque un peu perlante. Il va très bien avec des poissons crus. 

YOEMON JUNMAI NAMA GENSHU OMACHI – Kawamura Shuzo
Le Yoemon est un saké du département d’Iwate. C’est un namagenshu, c’est-à-dire non filtré, pasteurisé ou dilué. Il tire un peu haut, à 16,7°, et a une attaque assez vive qui redescend ensuite un peu. Cela permettra aux gens de découvrir les nama qui sont beaucoup plus frais que les sakés pasteurisés.

JUNMAI DAIGINJO SHUSEN – Eiko Shuzo
C’est un junmai ginjô de la région d’Ehime à base de riz Matsuri amami, très peu utilisé pour le saké. Il est très clair, pur et cristallin, et s’accorde bien avec des plats très fins. L’autre avantage est qu’il a un prix vraiment abordable.

RYUSEI KIMOTO JUNMAI GINJO YAMADANISHIKI HIBI SHAKUSHAKU – Fuji Shuzo
Le suivant vient de la septième génération de la maison Fuji dans le département de Hiroshima. C’est un kimoto (fabriqué à la méthode traditionnelle) de riz Yamadanishiki. Il n’est pas trop agressif, ne part pas dans tous les sens. Il se marie très bien avec tout ce qui est sushis et poissons crus.

NON FILTRÉ JUNMAI NIGORI – Kamikokoro Shuzo
Le dernier provient du département d’Iwate et a l’avantage de ne pas être très laiteux, d’avoir une consistance en bouche assez douce et donc plus adapté aux palais européens que des nigori beaucoup plus laiteux qui sont recommandés à des consommateurs avertis. L’avantage de son côté un peu laiteux est de pouvoir le boire en accompagnement de plats un peu plus épicés, de poissons avec des sauces un peu plus folles.

Que pensez-vous de l’état du marché du saké en France ?
Les volumes croissent de 50% chaque année, donc de plus en plus de gens sont de toute évidence intéressés. Nous avons tout de même beaucoup de mal à en faire un produit de grande consommation car il reste méconnu. C’est pour cette raison que des événements comme les Semaines du saké sont importants. Les gens qui ne connaissent pas du tout le saké sont frileux à l’idée de mettre autant d’argent dans une bouteille, donc ces événements sont une belle porte d’entrée qui permet aux particuliers de comprendre que le saké n’est ni un spiritueux, ni du vin, mais une catégorie à part. Je pense qu’il faut que tous les distributeurs et les acteurs du saké s’impliquent dans l’organisation de plus de dégustations à destination des particuliers. C’est également intéressant quand les restaurateurs proposent du saké dans leurs menus dégustation : les gens n’ont pas d’autre choix que de goûter et se rendent compte qu’ils l’apprécient, que le saké n’est pas un digestif mais se marie très bien avec un repas.

Trouvez-vous intéressante cette stratégie d’aller sur du haut de gamme où, comme vous le dites, le saké peut être imposé dans le menu ?
En tout cas, selon les retours que nous avons, non seulement cela fait vendre, mais les clients sont contents d’avoir fait cette découverte. Car c’est aussi pour la découverte de nouveaux goûts, de nouvelles associations que l’on va dans les restaurants gastronomiques.

Workshop Issé

Ariane Ameline est responsable commerciale et communication chez Workshop Issé. Située dans le 2e arrondissement de Paris, elle est une des plus vieilles épiceries japonaises du quartier et a toujours été spécialisée dans le saké.

Leur sélection de sakés

Phoenix – Tatenokawa Shuzo
Ce premier saké vient du département de Yamagata et utilise des variétés locales de riz, dont le Dewasanzan. C’est un junmai daiginjô qui titre à 14,5°, ce qui est assez léger. Il est moderne et fruité mais avec une très belle acidité. C’est une cuvée qui a été faite en partenariat avec le groupe Phoenix, en hommage à M. Kuroda, le créateur de Workshop Issé, qui est malheureusement décédé en 2017. C’est son épouse, Sumiko Kuroda, qui a récupéré la gérance de l’entreprise.

Mizubasho Junmai Ginjo Karakuchi Sparkling – Nagai Shuzo
Voici un saké de Gunma. Un saké assez original puisque c’est un junmai ginjô mais aussi nigori, donc grossièrement filtré, et pétillant, avec une refermentation en bouteille. Il utilise du riz Yamadanishiki, la variété dite la plus « prestigieuse » pour faire du saké. C’est un joli exemple d’un saké naturellement pétillant, ce qui n’est malheureusement pas le cas de tous les sakés pétillants.

Kaze no Mori Tsuyuhakaze – Yucho Shuzo
Le troisième est originaire du berceau du saké japonais : Nara. Encore un saké très original puisqu’il est très faiblement poli (seuls 20% du volume du grain de riz initial ont été retirés) et il utilise une variété de riz locale, le Tsuyuhakaze. Il est non réduit, non filtré, non pasteurisé, embouteillé directement après pressage. Il est donc légèrement perlant à l’ouverture et fermenté comme les junmai ginjô et daiginjô, lentement et à basse température avec la levure n°7, ce qui permet d‘obtenir un saké fruité mais également une note de riz.

Junmai Nama – Mute Muka Shuzo
Le quatrième est un saké junmai namagenshu de Kôchi qui utilise deux variétés de riz locales. Un saké original lui aussi, par sa puissance et ses notes de cacao, de daikon, de sous-bois. C’est un très beau saké pour la saison automnale.

Mizuho – Kenbishi Shuzo
En dernier, un saké de la prestigieuse maison Kenbishi, une des plus anciennes marques commerciales du monde, dans le département de Hyôgo. Il est fabriqué selon la méthode yamahai sans bâtonnage et assemble des cuvées vieillies au moins huit ans. C’est donc un blend entre différentes cuvées et différents vieillissements. Il est composé à 100% de Yamadanishiki local. Il utilise également des levures indigènes, ce qui pourrait en faire la définition du saké nature. C’est vraiment le plus prestigieux de notre sélection.

Comme vous l’avez dit, M. Kuroda était un peu l’un des instigateurs du saké en France depuis très longtemps. Comment percevez-vous l’évolution du marché aujourd’hui ?
Ce que je trouve très intéressant, c’est que nous avons beaucoup de jeunes sommeliers ; je pense notamment aux restaurants des candidats de Top Chef, qui vont s’intéresser au saké en proposant des accords. C’est-à-dire qu’au lieu de juste intégrer des sakés à leurs cartes et espérer qu’un client sera tenté et voudra prendre la bouteille, ils vont vraiment pousser et accompagner le consommateur dans une découverte d’accords, ce qui me paraît être la meilleure solution pour réussir à ouvrir le saké à monsieur-tout-le-monde.

Avez-vous le sentiment que l’intérêt pour le saké croît, qu’on développe peut-être une habitude ?
Oui, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le saké se développe de plus en plus. Cela reste un produit de niche et très haut de gamme, donc il va plutôt s’adresser aux bistronomiques et gastronomiques. C’est pour cela que nous avons besoin d’avoir des prescripteurs dans ces établissements pour pouvoir pousser le saké. Ces personnes étant de plus en plus nombreuses, je pense que le saké va continuer à se développer.

Pensez-vous qu’il est intéressant d’aller sur du haut de gamme et des menus imposés où la personne est obligée de goûter le saké ?
Je pense que c’est vraiment une bonne idée pour développer le saké. Avec une si grande diversité de sakés, le consommateur n’est pas forcément capable de juger si tel saké va aller avec tel plat. Cela prouve aussi au client que le saké est complémentaire du vin : tous les pairings qui sont compliqués pour le vin sont parfaits pour le saké ! Par exemple les légumes racine, la tomate, l’œuf… Et notamment tous les produits iodés qui sont le thème des Semaines du saké ! Nous voulons montrer au consommateur qu’il n’a pas besoin de choisir entre le saké ou le vin, mais qu’ils se complètent. Sur tout un menu, le vin convient à certaines choses et le saké à d’autres.

Elmeria

Mayumi Watanabe a fondé Elmeria, une société importatrice de vins étrangers et sakés japonais à destination des professionnels français basée en Alsace. Elle travaille en particulier avec des producteurs respectueux du terroir et de ses produits.

Leur sélection de sakés

Akaiwa Omachi – Toshimori Shuzo
La maison Toshimori cultive elle-même son riz Ômachi, indigène à la région. Le saké que je présente aujourd’hui est un junmai daiginjô.

Junsei Kimoto Tokubetsu Junmai – Fukunishiki
Le deuxième vient de Fukunishiki, une maison de Hyôgo qui n’achète que du Yamadanishiki de sa commune.

Suginishiki Kimoto Yasohachi – Sugii Shuzo
Le troisième provient de Sugii Shuzo de Shizuoka, une maison proche de la mer, pas très loin du mont Fuji et qui aime travailler avec les méthodes anciennes comme kimoto, godaimoto ou encore yamahai. Aujourd’hui, je présente leur kimoto Yasohachi avec un polissage assez bas (88%).

Kenrokuzakura – Maison Nishii
Voici ensuite un junmai ginjô de la région d’Ishikawa, du côté de la mer du Japon. Il utilise des levures prélevées sur les fleurs de cerisier dans le parc Kenroku.

Zaku Impression N – Shimizu Seizaburo Shôten
Et enfin, un junmai daiginjô de Yamadanishiki. Son gaz perlant lui donne de la fraîcheur. J’ai essayé d’amener des styles différents à proposer aujourd’hui.

 

C’est votre troisième édition des Semaines du saké. Que pensez-vous de l’évolution du marché du saké en France actuellement ?
Je sens que les gens sont de plus en plus intéressés, surtout à Paris où la diffusion du saké est plus avancée. Ça bouge aussi hors de Paris, mais plus lentement, c’est sûr. Je pense avoir bien fait de participer au Salon du saké pour montrer ma présence sur ce marché encore petit. Ce n’est encore que le début de l’aventure pour moi, je construis mes bases. Mes ventes n’explosent pas, mais ça avance petit à petit. Je trouve que tout cela progresse très positivement.

Voyez-vous en l’umeshu, qui connaît un gros boom, ou le shôchû, qui commence à se faire connaître, une évolution possible pour Elmeria ?
Je ne fais pas encore de shôchû, comme je suis toute seule, mais je vois qu’il y a de plus en plus d’intérêt. Je fais en revanche de l’umeshu, les gens trouvent cela délicieux et pas uniquement à Paris. Ça commence à bien se développer, peut-être plus rapidement que le saké.

Pensez-vous que le positionnement sur la gastronomie est une bonne stratégie pour diffuser le saké en France ?
Tout à fait, je remarque que les restaurants gastronomiques sont plus intéressés par le saké que les restaurants plus traditionnels. Je pense que les sommeliers y sont très curieux de toujours découvrir des nouveautés et cela aide beaucoup à promouvoir le saké.

Galerie K

Galerie K est une société d’importation et de distribution d’alcools japonais en France, avec aujourd’hui 70 à 80 sakés japonais et 20 à 25 liqueurs japonaises dans son répertoire. Rencontre avec Kenta Nakasuji qui y travaille depuis sept ans.

Leur sélection de sakés

Hakkaisan – Hakkai Jozo
Je propose tout d’abord un saké pétillant qui convient au début du repas. Les Français aimant commencer par le champagne, j’ai choisi un saké un peu haut de gamme, avec une fermentation en bouteille, façon champenoise. Il a beaucoup de potentiel.

Ninki-ichi – Ninki Shuzo
Le deuxième saké est le Ninki-ichi, un junmai ginjô, qui a un très bon rapport qualité-prix à 17€ la bouteille. Il a un goût assez traditionnel, très peu fruité, grâce à quoi il va très bien avec n’importe quel ingrédient.

Kuheiji – Banjo Jozo
C’est vraiment notre cuvée phare. La maison Banjo Jozo cultive elle-même son riz, contrairement à 90% des producteurs qui l’achètent en provenance de n’importe quelle région. Nous aimons travailler avec ces quelques producteurs qui sont attachés aux rizières, comme on aime en France les vignerons attachés à leur vignoble. C’est pour cela que je l’ai choisi.

Haneya JUNMAI GINJO KIRABI 60 – Fumigiku Sake Brewery
Haneya vient du département de Toyama, une région plus froide. Il a beaucoup de caractère, à la façon d’un saké non pasteurisé, mais il a gardé sa fraîcheur.

Uroko – Shimazaki Shuzo
Uroko est un saké vieilli deux ans, même si nous ne pouvons pas l’appeler « saké vieilli » car cette appellation requiert trois ans de vieillissement. Un goût de céréales ressort, ce qui fonctionne très bien avec un plat chaud mais également avec du poisson cru ou de l’anguille fumée. On peut aussi s’amuser à le boire à différentes températures. J’aime personnellement le saké à une température de 14 ou 15 degrés, mais c’est également délicieux chauffé à 45 ou 50 degrés.

Nous pouvons voir aujourd’hui que le marché du saké évolue positivement. Quel est votre ressenti chez Galerie K ?
En effet, c’est déjà la troisième édition des Semaines du saké ! Beaucoup de sommeliers français sont déjà intéressés par le saké japonais et c’est grâce à cet événement que les restaurants de cuisine gastronomique française notamment peuvent entrer en contact avec les producteurs. C’est en tout cas ici que nous avons commencé à travailler avec des restaurants.

L’opération commence à s’étendre hors de Paris, puisque beaucoup de participants cette année sont en province. Est-ce là où il faut aller chercher les nouveaux clients ?
C’est en vérité le cas depuis la deuxième édition à laquelle quelques restaurants de la région de la Loire ont participé. En tant que petite société, c’est vraiment à l’occasion des Semaines du saké que nous avons eu pu présenter nos produits et que les restaurateurs de province ont pu acquérir des sakés japonais. Nous aussi devons proposer nos sakés à ces quelques restaurants situés hors de Paris !

On note aussi en ce moment le boom de l’umeshu et le début du shôchû.
Oui, c’est incroyable. Tout le monde aime l’umeshu. Par ailleurs, les commandes ne se limitent pas qu’aux restaurateurs. Beaucoup de gens ont goûté l’umeshu lors d’un voyage au Japon et veulent en acheter une fois de retour en France. Le shôchû reste pour l’instant peu demandé par le grand public, mais nous essayons de le développer aussi. Les ingrédients du shôchû changent selon le producteur, ce qui est vraiment intéressant. C’est un alcool qui a beaucoup de potentiel à développer, sur le marché français en l’intégrant à la gastronomie comme sur le marché européen. Son goût est très accessible, le nez est vraiment aromatique, il a un côté un peu abricot et accompagne parfaitement les desserts. Au Japon, le shôchû accompagne souvent le repas car on y ajoute des glaçons, de l’eau pétillante ou encore de l’eau chaude selon les goûts et les saisons. Mais je crois que les Français n’aiment pas trop diluer leur alcool. C’est un peu compliqué de le faire connaître pour l’instant, mais nous le présentons petit à petit dans des bars pour l’utiliser en cocktails par exemple. Un autre atout du shôchû que nous mettons en avant pour le proposer aux cavistes est d’être conservable à température ambiante, contrairement au saké que l’on doit mettre au frigo.

Les semaines du saké auront lieu du 1er au 29 février 2024. Ont déjà été confirmés les restaurants suivants

Paris
Agapé
Belle Maison
Cravan
Divellec
Erh

Helen
L’Écrin

La Condesa
La Dame De Pic

Onor Par Thierry Marx
Prunier Victor Hugo
Sur Mesure Par Thierry Marx**
Tomy&Co.
Le 39V
Solstice

Villa9Trois

Hors Paris
Arbore & Sens* (Loches)
Christophe Hay** (Blois)
Le Paris Brest By Christian Le Squer (Rennes)
L’Évidence* (Montbazon)

Merci à Mitsuko Chiffoleau de www.pasona-agripartners.fr

Article précédentL’umeshu à Jinchan Shokudô avec Miyo et Alban Cacace
Article suivantCôté Sushi fête ses 15 ans !